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Pourquoi "The spectacular now" n'a pas trouvé son public dans les salles françaises.

Cinq jours après sa sortie et quelques 9000 entrées, il faut se rendre à l'évidence, "The spectacular now" est une déception au box-office français, une déception de prime abord incompréhensible pour un film avec un aussi bon buzz, un casting prometteur qui a fait la une de quelques magazines français (dont le prestigieux "Vanity fair" français) et qui a séduit les critiques. Quelles sont les conséquences et les enseignements à tirer de cette sortie ?

 

Avant-propos : Cet article est la suite de notre article paru mi-décembre "Comment "The spectacular now" a trouvé son chemin jusque dans les salles françaises".

 

Le streaming, ou la mort des distributeurs indépendants.

Mi-décembre, alors que la campagne marketing pour "The spectacular now" bat son plein, un évènement rend inutile les centaines de milliers d'euros dépensés en communication :le film est disponible en téléchargement trois semaines avant sa sortie française. La cible du film est les young adults, à ceci près que les young adults savent très bien où chercher des films piratés en streaming sur Internet. Donc forcément, avec un film disponible gratuitement deux semaines avant sa sortie dans une salle de ciné, des entrées potentielles se sont envolées. L'attente considérable autour du film par une minorité de personnes fait que celles-ci préfèrent se jeter sur cette version pirate, gratuite et immédiatement disponible.

C'est à ce moment-là que l'on reparle de la date de sortie du film et que l'on se demande si une sortie début décembre, avant la disponibilité du film sur les réseaux n'aurait pas été plus judicieuse. Impossible selon Amel Lacombe, de la société de distribution Eurozoom en charge de la sortie du film en France, qui l'a expliqué dans une longue série de tweets. "Ne connaissant pas les marchés étrangers, notamment la France, les producteurs préfèrent attendre de signer avec un vendeur [Ndlr : quelqu'un qui vendra le film pour eux à des distributeurs.] pour négocier. Cela peut prendre des mois et pendant ce temps, le film n'estpas visible. Il faut attendre un autre marché du film ou un festival que le film soit présenté. Quand on est indépendant, on ne peut pas faire d'emblée le plus gros chèque pour ramasser la mise. Il faut négocier et cela peut aussi durer. Quand on est enfin d'accord sur le prix d'un film, vient le temps des avocats pour négocier les dizaines de pages du contrat et ça prend aussi du temps. Ensuite, les producteurs imposent des "holdbacks", c'est-à-dire des ordres de priorités dans les sorties du film selon les territoires et nous n'avons pas toujours le choix. Nous négocions ensuite avec les talents (acteurs, réalisateur etc,) et leurs agents ou managers pour trouver une date de venue pour la promo en France et ça prend des semaines. Enfin, il faut payer d'importantes sommes d'argent pour obtenir les matériels du film, puis travailler sur les sous-titres, l'affiche, la pub... Puis il faut négocier avec les salles à une date de ou il y a peu de place pour les films indépendants. Après des mois de boulot, des fortunes dépensées, le film sort, les gens le téléchargent au lieu d'aller au ciné et vous expliquent qu'il fallait le sortir avant !"

 

Le téléchargement, et nous le voyons bien sur ce site, est un fléau qui poussera certaines boites de distribution françaises à mettre la clé sous la porte. Cela n'empêchera pas les films d'être présents de toutes façons sur les mêmes réseaux pirates que maintenant, mais cela fera moins de films dans les salles françaises. Il manque un peu de pédagogie peut-être sur ce que cela représente de télécharger un film pour des petites structures. Mais réduire l'échec de la sortie de "The spectacular now" au téléchargement, c'est ne pas voir les autres soucis de la distribution des films en France.

 

La fracture cinématographique.

30 copies. C'est le nombre de cinémas qui ont passé "The spectacular now" lors de sa sortie en France. Alors, certes, c'étaient apparemment de "bons" cinémas (entendez "avec beaucoup de gens qui y vont donc c'est là que l'on maximise le nombre de spectateurs"). Sauf que 30 cinémas, c'est peanuts par rapport à la France et au public potentiellement intéressé par le film. Sortir le film dans de grands cinés, c'est aussi se mettre face à la concurrence des autres films de façon bien plus violente que si le film était sorti dans des salles plus petites, peut-être mieux réparties sur le territoire. Sauf que c'est difficilement au distributeur de trancher.

 

C'est un problème insoluble. Le distributeur veut le plus de place pour son film, l'exploitant de salles n'a pas un nombre de salles extensible. Donc on rationnalise, quitte à se couper d'une frange du public potentiel du film qui aurait bien aimé le voir en salles mais qui ne peut tout simplement pas faire 150 kilomètres pour aller dans ce gros ciné qui le passe. La distribution ciné est une injustice constante dont on ne se rend pas compte tant que l'on habite pas en province. Cela ne légitime pas le piratage pour autant mais cela l'explique en partie. On parle souvent de l'équation 1 piratage = 1 entrée perdue mais dans ce cas de personnes qui voulaient le voir au ciné mais qui ne peuvent tout simplement pas, cette équation ne se vérifie pas.

 

Nous avons déjà parlé de tout cela dans notre article "Piratage, distribution de films (romantiques) et chronologie des médias : quel avenir pour le cinéma ?" et l'exemple de "The spectacular now" s'inscrit tout à fait dans cette nouvelle tendance à laquelle seront désormais confrontés les distributeurs français. Dans une interview à Metro parue hier, Amel Lacombe parle d'un manque d'information et d'éducation sur la sortie des films en France, pour sensibiliser au coût de la sortie d'un film mais le problème est ailleurs.

 

Après des décennies pendant lesquelles les distributeurs ont décidé des films à sortir en France, pendant lesquelles les exploitants ont décidé des films à passer dans leur ciné, nous en sommes arrivés à un point où c'est désormais le public qui choisit ce qu'il veut voir, sans se soucier de savoir si le cinéma près de chez lui passe ce film ou si c'est légal. Internet a rendu obsolète les écarts de 3-6 mois entre une sortie américaine et une sortie française, surtout quand par ailleurs, des services comme OCS permettent de voir le lendemain des épisodes de séries télé diffusés la veille aux Etats-Unis, avec des sous-titres français. Les domaines des jeux vidéo sur PC ou des séries TV sont des aperçus de ce qui se préfigure à terme dans le domaine du cinéma qui sera de toutes façons bien obligé de s'adapter. La salle de ciné n'est plus un passage obligé, deal with it.

 

Des solutions sont à trouver du côté des sorties directes en VOD pour permettre à tout un chacun de trouver le film qu'il veut voir, directement, simplement et surtout de façon légale. Les gens ne piratent pas parce qu'ils le veulent vraiment. Ils piratent faute de mieux. Sony France commence à s'engager sur cette voie en sortant fin janvier deux films indépendants américains directement en VOD sur iTunes.

 

C'est un début, le changement est en marche et tant qu'il ne sera pas accepté, assimilé, pris en compte, les exemples comme celui de "The spectacular now" continueront à se propager, peu importe la qualité du film ou sa notoriété. Sur la quinzaine de films américains sortis au cinéma en France entre le 25 décembre 2013 et le 15 janvier 2014, 14 sont déjà disponibles en streaming illégal. Le temps presse.

 

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Commentaires : 9
  • #1

    Alexander_R (jeudi, 16 janvier 2014 10:29)

    C'est aussi oublier certains point qui font que les gens se tournent malheureusement vers le téléchargement:

    -Le fait que certains ciné proposent jusqu'à 3 (voir 4) salles pour le même film sur les 16 que comporte le multiplex, comme ce fut le cas avec "The Hobbit" (2D, 3D, Imax), ou pire encore, squatte plusieurs salles car le films est produit par la maison mère (Le Marsupilami qui avait droit à 4 salles dans certains Gaumont/Pathé), ce qui réduit le nombre de films projetables.

    -Beaucoup de multiplex en province ne proposent malheureusement que de la VF, hors on le voix bien, le téléchargement de films se fait le plus souvent en VO/VOST, surtout avec les "young adult", tant que certains ne comprendront pas qu'ils faut arrêter avec la VF, ou du moins proposer plus de VOST, cela continuera.

    -La VOD, tant que les prix seront exorbitant pour de la SD et de la stéréo, cela ne décollera pas, quand on voit un film comme Elysium à 15€ en HD en téléchargement sur iTunes (qui propose en plus la contrainte d'avoir soit iTunes soit du matos Apple) alors que pour 7€ de plus on peut avoir le support physique... Je ne parle même pas de CanalPlay qui ne propose que de la SD, de la stéréo et de la vf... en 2013...
    L'initiative de Sony est bien, proposer les films en VOD le plus rapidement possible après les US, mais les plateformes de VOD sont trop contraignantes, DRM, soft propriétaire, délai trop court pour voir le film, qualité à peine acceptable...

  • #2

    FilmsdeLover.com (jeudi, 16 janvier 2014)

    Tu as tout à fait raison. Cela participe aussi à ce décalage permanent entre ce que veulent les ayants-droits et ce que veut le public. Or c'est le public qui paye.

  • #3

    Michael (jeudi, 16 janvier 2014 12:09)

    Je le maintiens (par rapport à notre discussion sur Twitter). Ce que fait Sony en sortant Drinking Buddies directement sur iTunes, ce n'est pas une alternative à la salle, c'est une alternative au DVD. Drinking Buddies est sorti aux Etats-Unis en juillet 2013. Il y a 6 mois !!! Donc, ça ne change strictement rien au problème.
    Là où le problème serait pris en charge, c'est en ayant sorti le film sur iTunes en août 2013. Là, on avait une vraie alternative au piratage. Et là, on aurait une initiative vraiment intéressante. ;)

  • #4

    FilmsdeLover.com (jeudi, 16 janvier 2014 12:11)

    Je suis d'accord avec toi aussi sur ce point-là. La sortie des films Sony est trop tardive, mais tu sens qu'ils testent la flotte un petit peu. Ils sont prêts à se jeter à l'eau. Ca viendra. ;)

  • #5

    Emma (jeudi, 16 janvier 2014 18:33)

    Je trouve ça dommage qu'il n'ait pas bien marché parce que j'avais très envie de le voir. Le problème, c'est que j'habite pas loin d'une petite ville, donc, il n'est pas sortie chez moi et je trouve ça vraiment dommage parce qu'il fait partie des films de janvier que j'ai vraiment vraiment envie de voir. Je ne savais pas qu'il était déjà sur internet, mais de toute façon, pour DEUX SEMAINES, les gens pourraient attendre parce que bon, le streaming, c'est pratique quand on n'a pas le choix mais c'est aussi une mauvaise qualité la plupart du temps alors pour seulement deux petites semaines, les gens pourraient faire un effort. Après, avec seulement 30 copies dans toutes la France, il en faut pas s'attendre à un énorme succès parce que il n'y a pas que les habitants de Paris, Lille, Marseille... qui veulent voir ce genre de film. Quand je discute avec des amis, personne ne regarde des films en streaming pour les regarder en streaming, ils les regardent sur internet parce qu'on n'a pas accès à tout les films qu'on veut au cinéma (qui ADOOORE Avengers, comédie française bien lourde mais qui passe très peu de petit film parce que, soyons honnête, Avengers à plus de chance de tout déchirer au box-office que The Spectacular Now). Bref, moi, The Spectacular Now, je ne l'ai pas encore que ce soit au cinéma (puisqu'il ne passe pas) ou sur internet (parce que a] je ne savais pas qu'il y était et surtout b] j'ai encore l'espoir d'une sortie un peu décalé même si c'est stupide et que ça n'arrivera jamais). Je vais encore attendre un peu mais si il ne sort pas, je le verrais sur internet, pas par envie de ruiner l'industrie du cinéma mais par faute de mieux. Bon et si j'adore le film, je l'achèterai en DVD dès sa sortie! :)

  • #6

    Pauline (jeudi, 23 janvier 2014 18:14)

    Le problème de ce genre de petit film indé qui font le buzz, c'est que malheureusement nous devons attendre généralement 1 an apès la sortie US avant de les voir.
    J'ai bien compris l'explication ci dessus, mais il faut avouer que lorsqu'on s'intéresse au cinéma, c'est assez frustrant.
    On peut néanmoins remercier les cinémas UGC qui ont joués le jeu et ont gardé le film à l'affiche quelques semaines.
    Après, il me semble que si le film n'a pas aussi bien marché c'est aussi par manque de bouche à oreille.
    Ayant lu le livre, je savais à quoi m'attendre au niveau de l'histoire, et j'ai donc apprécié (sauf la fin bisounours spoilé dans la bande annonce, qui n'est pas dans le livre !), mais beaucoup de gens qui ont vu le film sans connaitre l'histoire du livre ont trouvé l'histoire insipide (oui on est loin au final d'un gros film de lover, il faut l'avouer).
    Et il faut avouer que le voir sur le net 3 semaines avant donnait envie, mais heureusement j'ai une carte de ciné illimité, j'ai donc patienté.
    C'est à mon avis, il y a tout un système à revoir, car les affiches avec des phrases type "le film qui a a enchanté Sundance" ou autres, c'est dépassé et cela n'aide plus à vendre.
    Le bouche à oreille avait aidé des films comme Juno ou Little Miss Sunshine, mais ici le film, qui jouait sur le mauvais thème, n'a finalement pas su trouver sa cible.

  • #7

    Segolene (vendredi, 09 mai 2014 09:51)

    Perso, j'avais envie de le voir mais une semaine après sa sortie, il n'était déjà plus dans les salles de Lyon et communes alentours !

  • #8

    Kimberly (dimanche, 20 juillet 2014 20:41)

    Je suis d'accord avec tous les points de vue des commentaires si dessus mais je rajouterais une chose aussi. Personnellement, je préfère regarder sur Internet ou sur les vidéos à la demande et tout le reste parce que si on regarde bien en moyenne 7€ pour un film de 2h environ (sans oublier que la fonction 3D à ce prix n'est même pas envisageable) avec des gens qui sont en général assez bruyant dans les salles,... Cela ne vaut vraiment pas le coût alors qu'en streaming, en vod et tout le prix est largement moins chère, certes on n'a pas une aussi bonne qualité qu'au cinéma mais il n'y a pas de bruit autour de nous et on n'a pas besoin de faire des bornes et des bornes pour trouver un cinéma qui diffusent le film que l'on veut voir!

  • #9

    Booh (dimanche, 12 avril 2015 20:19)

    Le problème, je le pense, c'est le prix exorbitant des places de cinéma, et le service obtenu... Personnellement, je ne peux pas me permettre de dépenser 8€ pour aller voir un film de 2H et si en plus je ne suis pas sûre de sa qualité ni de la qualité de l'écoute (gens qui font le bordel, mauvaises places dans la salle car trop de monde...). Si le cinéma était à 3.50€ comme lors des "cinémas du printemps", c'est sûre que j'irais plus facilement ! A voir !

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